Il y a près de deux décennies, un netbook à prix mini a bousculé les habitudes de toute une industrie. Ce petit ordinateur ultraportable ne cherchait pas à rivaliser avec les machines de bureau. Il proposait autre chose : un écran compact, un poids plume et un tarif qui rendait enfin l’informatique portable accessible aux étudiants, aux voyageurs et aux familles. Beaucoup de lecteurs en gardent un souvenir précis, celui d’une machine qui tenait dans un sac à dos et se connectait partout.
Pour un passionné de tech, cet appareil reste un cas d’école. Il montre comment un choix technique, ici un système libre plutôt qu’une licence payante, peut faire baisser le prix et ouvrir un marché. Il offre aussi un terrain de jeu idéal pour la rétro-informatique : réinstaller un système, tester des distributions légères, comprendre ce que pouvait faire une machine de 512 Mo de mémoire. Ce guide pratique retrace d’abord cette histoire informatique, puis détaille les modèles marquants, avant de proposer des gestes concrets pour redonner vie à un exemplaire oublié dans un tiroir.
Asus Eee PC : naissance d’un netbook qui a changé l’informatique portable
Le 16 octobre 2007, le constructeur taïwanais Asus lance officiellement à Taïwan l’Asus Eee PC. Le nom n’a rien d’anodin : les trois « e » renvoient au slogan « Easy to learn, Easy to work, Easy to play ». Apprendre, travailler, s’amuser, avec une machine pensée pour le plus grand nombre plutôt que pour les cadres équipés en matériel haut de gamme.
Le premier modèle, l’Eee PC 700/701, ne pèse que quelques centaines de grammes de plus qu’un gros livre de poche. Il se glisse dans un sac sans effort et démarre vite, grâce à son stockage en mémoire flash plutôt qu’à un disque tournant. Pour un lycéen qui prend le train chaque matin, la différence avec un portable classique de 2,5 kg saute aux yeux.
Fiche technique du premier Eee PC et choix de Linux
Sous le capot, le pionnier embarque un processeur Intel Celeron M cadencé à 630 MHz, 512 Mo de mémoire vive et un SSD de 4 Go. L’écran de 7 pouces affiche une définition de 800 x 480 pixels. La carte mère consomme environ 39,7 W, un chiffre raisonnable pour l’époque. La machine arrive prête à l’emploi, avec navigateur web, messagerie instantanée, suite bureautique libre, lecteur audio et lecteur vidéo déjà installés.
Pourquoi un système Linux plutôt que Windows ? La logique est économique. La licence Microsoft pesait environ 20 % du prix de vente d’un appareil à ce niveau de tarif. En livrant une distribution Linux simplifiée, avec une interface à onglets très lisible, Asus pouvait afficher un prix agressif. La réponse de l’éditeur américain n’a pas tardé : une licence Windows XP à coût réduit, réservée aux machines de ce type, a prolongé la carrière de l’ancien système jusqu’en 2010.
En France, l’Eee PC 701 arrive le 23 janvier 2008, distribué presque exclusivement par SFR à 298 euros, dont 100 euros remboursables. Il est vendu avec une clé 3G et un abonnement de 12 ou 24 mois. Ce n’était pas l’achat impulsif du samedi après-midi, mais la formule a trouvé son public. Comme souvent, le prix d’entrée a fait moins de bruit que ce qu’il permettait : emporter Internet partout.
Cette première fiche technique reste un repère utile : elle fixe la barre à laquelle se comparent tous les modèles suivants. Elle explique aussi pourquoi l’appareil s’est imposé comme un jalon de l’informatique nomade.
Des modèles 900 au 1201HA : l’évolution technique et le succès commercial du netbook
Le premier Eee PC n’est pas resté seul longtemps. Les versions 900 et 901 arrivent rapidement, proposées au même prix en deux configurations : 12 Go de SSD avec Windows XP adapté, ou 20 Go de SSD sous Linux. Le 901 sous Linux passe à 1 Go de RAM, avec un écran de 8,9 pouces en 1024 x 600 et un processeur Intel Atom N270. Pour naviguer et rédiger, le confort n’est plus du tout le même.
Les générations suivantes abandonnent progressivement le SSD pour des disques durs allant jusqu’à 250 Go. La mémoire monte jusqu’à 2 Go et les écrans grandissent jusqu’à 12 pouces en 1366 x 768. Le netbook se rapproche alors d’un portable classique, au risque de brouiller son identité de départ.
Au sein des modèles 12 pouces, quelques différences concrètes aident à choisir un exemplaire sur le marché de l’occasion :
- Eee PC 1201N : processeur Atom 330 et graphisme NVIDIA ION, 1,45 kg, lancé autour de 499 euros, le plus orienté multimédia.
- Eee PC 1201T : processeur AMD Athlon Neo, 1,45 kg, autour de 399 euros, un compromis apprécié pour l’autonomie.
- Eee PC 1201NL : Atom N270 et puce graphique Intel GMA 950, 1,4 kg, environ 450 euros.
- Eee PC 1201PN : Atom N450 avec NVIDIA ION 2, 1,44 kg, une génération plus récente.
- Eee PC 1201HA : Atom Z520 à 1,66 GHz, 1,25 kg, 250 Go en SATA, batterie lithium-ion de 5200 mAh, vendu autour de 169 euros.
Le 1201HA incarne l’aboutissement de la lignée : le plus léger et le moins cher de ces modèles de 12 pouces. Ses dimensions de 26,2 x 17,8 x 3,6 cm en font un objet que l’on emporte sans y penser. Seule sa webcam de 0,3 mégapixel rappelle que le prix avait des contreparties.
Chiffres de vente et héritage de l’Asus Eee PC
Les résultats commerciaux confirment l’intuition de départ. En 2008, 1,7 million d’Eee PC ont été vendus dans le monde, soit environ 30 % du marché des ultraportables. En France, quelque 150 000 machines ont trouvé preneur, soit près de 15 % du marché national. Peu d’analystes imaginaient un tel segment deux ans plus tôt.
En 2009, Asus écoule 5,4 millions de netbooks. Le constructeur se place derrière Acer, qui dépasse 9 millions d’unités, mais le concept est validé. Les tarifs oscillent alors entre 170 et 400 euros, de quoi séduire aussi bien le lycéen que le voyageur qui veut rester connecté sans transporter un pavé.
Entre 2011 et 2014, le netbook s’efface peu à peu devant les tablettes tactiles et les Chromebooks. Asus, fondée en 1989 à Taipei et forte de 7 % du marché mondial du PC en 2023, a depuis recentré son énergie sur d’autres segments, notamment la gamme ROG pour les joueurs. Le netbook n’a pas disparu pour autant : il a inspiré les portables fins et abordables que chacun utilise aujourd’hui. Reste à voir ce que l’on peut encore faire d’un exemplaire qui dort au fond d’un placard.
Redonner vie à un Eee PC en 2026 : guide pratique d’installation système sous Linux
Imaginons un étudiant, Camille, qui retrouve un vieux 901 chez ses parents. L’écran s’allume, mais le système d’origine est lent et le navigateur ne charge plus aucun site moderne. Ce cas est très courant : la machine fonctionne, c’est le logiciel qui a vieilli. Une installation système propre, avec une distribution adaptée, suffit souvent à lui offrir une seconde vie.
Le premier réflexe consiste à choisir un système en fonction du matériel. Avec 512 Mo à 1 Go de mémoire et un processeur 32 bits, les environnements lourds sont à écarter. Plusieurs distributions Linux ont été conçues ou adaptées pour ces netbooks et restent de bonnes références :
- Lubuntu 12.04 Precise Pangolin : base Ubuntu avec environnement léger OpenBox, idéale pour la rétro-informatique.
- Ubuntu Netbook Edition : interface repensée pour les petits écrans.
- Puppy Linux et sa déclinaison française Pupeee : très légères et rapides, elles tournent même depuis une clé USB.
- Linux Mint : réputée pour sa fluidité sur des configurations modestes.
- gNewSense : soutenue par la Free Software Foundation, sans composant non libre.
Un point mérite d’être clair : Lubuntu 12.04 n’est plus maintenue depuis 2017. Elle convient parfaitement pour apprendre, écrire, écouter de la musique ou conserver un ordinateur de collection. Pour naviguer sur des comptes sensibles, mieux vaut une distribution légère encore compatible 32 bits et mise à jour régulièrement.
Étapes d’installation et configuration réseau
Le déroulé reste simple, même pour un débutant. Le netbook n’ayant pas de lecteur optique, tout passe par une clé USB amorçable.
- Sauvegarder les fichiers personnels éventuellement présents sur la machine.
- Télécharger l’image de la distribution choisie et la copier sur une clé USB avec un outil de création de support amorçable.
- Redémarrer l’Eee PC en appuyant sur la touche Échap pour afficher le menu de démarrage, puis sélectionner la clé.
- Lancer l’installation, partitionner le disque et créer un compte utilisateur.
- Terminer par la configuration réseau : choisir le réseau Wi-Fi, saisir la clé, puis tester la connexion.
La configuration réseau est l’étape où surgissent le plus souvent les petits blocages, car certaines puces Wi-Fi demandent un pilote supplémentaire. Brancher un câble Ethernet le temps de la première mise à jour règle généralement le problème. Pour pas à pas visuels, une démonstration vidéo aide à repérer chaque écran avant de se lancer.
Quelques précisions de compatibilité évitent les détours. Installer macOS sur ce matériel est techniquement possible, mais cela contrevient à la licence d’Apple et donne des résultats décevants, sans webcam ni touches spéciales. FreeBSD, lui, fonctionne sans souci juridique. Pour un usage quotidien, l’option légère sous Linux reste la plus saine. Un Eee PC bien configuré n’a rien d’une relique : c’est un outil d’écriture, de lecture et de bricolage tout à fait pertinent.
Quand l’Asus Eee PC est-il sorti ?
Le premier modèle a été lancé officiellement le 16 octobre 2007 à Taïwan. En France, l’Eee PC 701 est disponible depuis le 23 janvier 2008, principalement via un opérateur télécom avec une offre packagée.
Pourquoi le premier Eee PC fonctionnait-il sous Linux ?
La licence Windows représentait environ 20 % du prix de vente d’un appareil de cette catégorie. En choisissant une distribution Linux simplifiée, le constructeur a pu proposer un tarif nettement plus bas que celui des ultraportables classiques.
Quel système installer aujourd’hui sur un Eee PC ?
Il faut privilégier une distribution légère compatible avec un processeur 32 bits, comme Lubuntu, Puppy Linux ou Linux Mint dans des versions adaptées. Lubuntu 12.04 reste pratique pour un usage hors ligne ou de collection, mais elle n’est plus mise à jour depuis 2017.
Quel est le modèle le plus léger de la gamme 12 pouces ?
L’Eee PC 1201HA est le plus léger avec 1,25 kg. Il se distingue aussi par son prix d’environ 169 euros, ses 250 Go de stockage SATA et sa batterie lithium-ion de 5200 mAh.

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